The Wiz (Sidney Lumet, 1978)

Affiche du film The Wiz (Sidney Lumet, 1978)

 

 Pourquoi a-t-on envie de voir The Wiz ? Pour tenter le décalage de cette version noire du Magicien d’Oz (en fait transposition cinématographique du spectacle musical créé en 1975 par Charlie Smalls), pour la vitrine maison qu’en fait Motown -Berry Gordy en avait acquis les droits d’adaptation, et Quincy Jones a contribué à enrichir l’orchestration, interprété par la star Diana Ross-, ou pour la prestation de Michael, Jackson, premier témoin de sa passion pour le cinéma ? Pour tout ça en même temps, mais le déclic qui nous fait mettre la galette dans le lecteur pourrait bien être la découverte d’une facette inédite de l’artiste le plus médiatique du XXème siècle.

C’est d’un gros projet qu’hérite le réalisateur de Serpico et de Un après-midi de chien après que John Badham, réalisateur de La Fièvre du samedi soir, ne soit remercié pour avoir été en désaccord sur le choix de Diana Ross pour interpréter Dorothy, âgée de 16 ans dans le livre et 24 dans le musical. Pour rappel, la chanteuse des Supremes a 34 ans à l’époque du tournage. Le show de Broadway ayant bien marché, les moyens sont mis sur la table : 24 millions de dollars, soit le film le plus cher de l'histoire à l'époque. Devant le résultat, et vu d'aujourd'hui, on a du mal à saisir l'échelle pharaonique du projet. De grands décors, une belle figuration, 210 danseurs, 300 musiciens... Le four n’en sera que plus dur : le budget sera à peine remboursé de moitié.


Ted Ross, Diana Ross, Nipsey Russell, Michael Jackson et Richard Pryor dans le film The Wiz (Sidney Lumet, 1978)
Ted Ross, Diana Ross, Nipsey Russell, Michael Jackson, Richard Pryor


Comment peut-on expliquer ce désamour ? Tout d’abord, la trop grande naïveté du contenu, assorti donc au décalage de Diana Ross, mal fagotée dans le rôle d'une jeune fille, désormais institutrice pour l'ajuster à son âge réel. Diana Ross surjoue constamment les côtés dramatiques de son personnage, faisant des yeux ronds et apeurés à tout bout de champ, avec la larme facile. Richard Pryor, un vrai "King of Comedy", apparaît ici engoncé dans le rôle réduit du Wiz en titre. Le costume du Lion (Ted Ross) apparaît là encore pas vraiment au niveau d'un film de ce calibre.


Les singes motards dans le film The Wiz (Sidney Lumet, 1978)
Singes motards


Artistiquement, les partis pris de mise en scène de Sidney Lumet sont pour le moins particuliers, se cantonnant le plus souvent dans la position du spectateur qui regarde une pièce. Très statique, cadrant le plus souvent en plan d’ensemble, la mise en scène pêche par une trop grande platitude. La plupart des plans sont fixes. De plus, elle est vraiment mise à mal lors des séquences chorégraphiées, qui ne sont aucunement mises en valeur par cette mise en scène. Quincy Jones, pourtant très occupé, accepte de prendre en charge l'orchestration des morceaux composés par Charlie Smalls. Il composera lui-même plusieurs titres complémentaires, notamment chantés par Diana Ross. La réussite musicale est pour bonne partie à mettre au crédit de Quincy Jones, qui fera la rencontre déterminante de Michael Jackson durant le tournage. Sidney Lumet ne tarira pas d'éloge sur Quincy ; les deux hommes ont collaboré à plusieurs reprises auparavant, sur L'Arrangement et Le Gang Anderson notamment.

À la féérie du Magicien d’Oz de Fleming (et les autres), est confronté un réalisme urbain qui frappe à chaque coin du cadre (parkings, métros, fêtes foraines sont les lieux clés de l’action). Cette distance, énoncée dans le musical puis reprise, ne joue pas non plus pleinement son rôle, trouvant ses limites dans des passages grotesques (les piliers du métro qui s’en prennent au quatuor, les singes motards). Mais qu'est-ce que Sidney Lumet, réalisateur à la filmographie impeccable, est allé faire dans cette galère ? La promesse de transposer l'intrigue à New York, sa ville fétiche, a certainement joué. Mais au vu de sa carrière, on voit bien qu'il s'épanouit en tant que directeurs d'acteurs, dans des drames psychologiques aux accents sociaux.

Diana Ross dans The Wiz (Sidney Lumet, 1978)
Diana Ross et les danseurs pour le numéro A Brand New Day


Enfin, pouvons-nous parler de Michael Jackson, qui s’est visiblement amusé sur ce tournage : sensible, le rôle de l’épouvantail dégingandé lui va comme un gant, citant à la volée des vers de Shakespeare, ou des leçons de vie sorties du panthéon littéraire dont il est lui-même constitué : son cerveau est fait de papier mâché. À 20 ans à peine, il délivre une interprétation tellement évidente de charisme qu’il vole toutes les scènes dans lesquelles il apparaît, évidemment dominé par ses prestations dansées. S’il est clair que le maquillage ne le met pas en valeur -ajoutant une pierre encore à l’édifice de ses multiples transformations-, cela semblait l’aider à se défaire d’un rôle qu’il avait à jouer, et ce 24h/24. Ce film constitue une belle cour de récré pour l’éternel enfant qu’il semblait être, et dans laquelle il ne fait aucun doute qu’il s’y sentait dans son élément, comme chez lui. Si le film est aujourd'hui à marquer d'une pierre blanche, c'est plus pour la rencontre entre Quincy Jones et Michael Jackson, dont l'association produira les albums les plus populaires des années 1980. 

 

Disponibilité vidéo : Blu-ray / DVD FR - Elephant Films 

 

Image titre du film The Wiz (Sidney Lumet, 1978)

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