Histoires de fantômes chinois (Ching Siu-Tung, 1987)
Grand succès à sa sortie, localement, puis internationalement, A Chinese Ghost Story a attiré l’attention du monde entier sur le fascinant cinéma de Hong-Kong, alors en plein boom.
Tsui Hark, ici producteur, désireux de poursuivre ce qui avait fait le succès de son Zu, les guerriers de la montagne magique (1984), s’adjoint le chorégraphe de ce dernier film, Ching Siu-Tung, également réalisateur -son premier film, Duel to the Death, est un wu xia-pian reconnu. Ching Siu-Tung fait ainsi partie de ces réalisateurs-chorégraphes tels qu’est aujourd’hui un Yuen Woo-Ping (aux réalisations souvent moins talentueuses que les combats magistraux qu’il chorégraphie dans Matrix (1999) ou Tigre et Dragon (2000), Tang Chia ou Liu Chia-Liang, assistant de Chang Cheh à la Shaw Brothers puis réalisateur dans cette même compagnie de certains des meilleurs films d’arts martiaux jamais tournés (La 36ème chambre de Shaolin, 1978, Shaolin contre ninja, 1983).
On retrouve dans la réalisation de Histoires de fantômes chinois (HFC) un soin constant donné aux couleurs et aux compositions de plans, tantôt classiques dans leur symétrie, tantôt furieux dans leurs mouvements incessants, accompagné d’un montage très rapide qui constituent la marque du cinéma de Tsui Hark, dont la quintessence est visible dans The Blade et Time and Tide, réalisé en 2000. HFC est un film d’esthètes, dont tous les plans recèlent une beauté picturale qui s’accorde avec le fond du propos. Dès la première séquence, qui nous montre une jeune fille attirant dans ces filets un simple voyageur, on nous montre l’endroit, un vieux temple, ainsi que la personne responsable du mal qui terrorise le village. Pourtant, il s’en dégage un réel parfum onirique, romantique et érotique.
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| Leslie Cheung |
Après cette introduction où sont déjà intimement mêlés fantastique, érotique et horreur, arrive le personnage principal, un jeune collecteur des impôts naïf qui fait tirer le film vers la comédie. C’est ce qui est fascinant avec le cinéma hongkongais, où l’on n’hésite pas à mélanger des genres qui paraissent incompatibles. Ici, on ne segmente pas. On retrouvera même des affrontements à l’épée typiques du wu xia-pian, que Ching Siu-Tung a du bien s’amuser à chorégraphier. La love-story impossible qui va suivre, entre un mortel et un fantôme, est lyrique, touchante, d'un romantisme absolu, et rappelle le mythe d’Orphée et Eurydice. Le scénario s'inspire d'une nouvelle de Pu Songling, écrivain de la dynastie Quing, ayant déjà été adapté au cinéma en 1960 : il s'agissait de L'Ombre enchanteresse de Li Han-hsiang.
Le patrimoine chinois recèle d’autres histoires aux connexions similaires, telle celle des amants papillons, exploitée dans le très beau The Lovers, que Tsui Hark réalisera en 1994, et un autre métrage fantastique dans la même veine qu’Histoires de fantômes chinois, Green Snake, toujours réalisé par Tsui Hark en 1993. On ne sait d’ailleurs pas où s’arrête véritablement la participation de Tsui Hark à Histoires de fantômes chinois, certains allant jusqu’à dire qu’il réalisa lui-même de nombreuses scènes du film et de ses deux suites. Le mélange prend en tous les cas une très bonne tournure, tant les scènes entre le jeune collecteur, Ning, et le fantôme (interprétée par la belle Joey Wong) sont renversantes, le point d'orgue étant le baiser dans le baquet d'eau entre les deux amoureux. La musique composée par James Wong, mêlant instruments traditionnels et chants, et d'autres mélodies plus contemporains, porte littéralement cette alchimie romantique ; la chanson-titre, indissociable du film et rappelée plus d'une fois au fil du métrage, est chantée par Leslie Cheung, dont la carrière avait débuté par là.
Les compositions de couleurs, atteignant des sommets, donne au film un cachet impressionniste évident, et l’articulation entre les différentes séquences forme un scénario assez limpide, comme ce n’est le cas qu’assez rarement dans ce type de narration. Quand la force des couleurs vient s’accompagner d’un choc psychologique, on ne peut que saluer la réussite incontestable de ces exotiques histoires de fantômes.
Disponibilité vidéo : Blu-ray / UHD - Metropolitan Films



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