Colorado (Sergio Sollima, 1966)

Colorado / La resa dei conti / The Big Gundown (Sergio Sollima, 1966) poster US du film

Annonçant la réussite totale de son
Dernier face à face (1967), Colorado prend la forme d’un jeu du chat et de la souris entre un chasseur de primes imbattable (Lee Van Cleef) et un paysan mexicain surnommé Cuchillo.


1966, année faste pour le western italien (citons Django et Le bon, la brute et le truand), accueille aussi Colorado. Ces films ont en commun un sous-texte politique et social fort, mettant dos à dos une aristocratie qui détient le pouvoir et des pauvres hères adeptes de la débrouille, se construisant une éthique et une justice personnelles ; chez les puissants, ces notions sont biaisée par les conflits d’intérêts.

Corbett (Lee Van Cleef) est présenté dès la première séquence comme un chasseur de primes hors-pair : celui qui les aura tous, qui a toujours un temps d’avance. De ce point de vue-là, il aura fort à faire avec Cuchillo (Tomás Milián), bien plus malin qu'il paraît. Au fur et à mesure du déroulement de l’intrigue, la culpabilité de Cuchillo est mise en doute -il est accusé d’un meurtre-, tant aucun de ses gestes ne porte le sceau de la violence. Tout au plus, il apparaît provocateur et filou ; l'opposé en tous points de Corbett. Celui-ci, pour mener à bien une mission qu’il estime plus importante que toute autre (voulant faire de la politique, il refuse l’appui de relations haut placées avant d’avoir résolu cette affaire), il n’hésitera pas à commettre ce que le spectateur interprète comme des manquements à la règle : un vol de cheval, un tabassage sans sommation… En tant que chasseur de primes, il n’est d’ailleurs ni du côté des représentants de l’ordre (au vu son statut d'indépendant), ni des crapules qu’il pourchasse. Un entre-deux qui le fait basculer tantôt d’un côté, tantôt de l’autre. En témoigne la séquence sympathique qui le voit en prison avec Cuchillo : les deux personnages sont logés à la même enseigne.

Cramponné à sa mission, Corbett a une idée personnelle de la justice (tous les moyens sont bons pour épingler le criminel), tout comme Cuchillo -bien conscient de son rang, il voit d’un côté les riches qui détiennent l’argent et le pouvoir, donc la justice, et de l’autre, ceux qui en payent les frais, la réalité de leur culpabilité n'étant finalement d'aucune importance. Deux poids, deux mesures, qui font sens dans le récit de Colorado. Comme souvent, la culpabilité apparente de Cuchillo n’est qu’une manipulation des puissants afin de protéger leurs intérêts (et leurs crimes). Corbett le comprend au cours de leur épopée. Cette prise de conscience, thème que l’on verra aussi dans Le dernier face à face, transformera le regard du spectateur sur Cuchillo en même temps que le rapport entre les deux hommes. Au final, c’est le personnage de Tomás Milián qui apparaît le plus sympathique, et vole la vedette à Lee Van Cleef et son extraordinaire visage (les deux acteurs étaient d’ailleurs chacun persuadés de tenir le rôle  principal). Un très beau moment du western italien.

Le personnage de Cuchillo deviendra célèbre, au point de figurer dans deux autres films de Sollima : Le Dernier face à face et Saludos Hombres. Ici, son duo avec Lee Van Cleef est plein de malice, témoin au final d’une belle amitié.

Disponibilité vidéo : Blu-ray zone B ; éditeur : Wild Side Video

 

Colorado (Le resia dei conti / The Big Gundown) - image titre du film de Sergio Sollima

 

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