Star Trek, le film (Robert Wise, 1979)
Les débuts atypiques du film se retrouvent par bribes dans ce que l'on connaît aujourd'hui comme le premier opus d'une longue saga. Le capitaine Decker (Stephen Collins, qui officiera de longues années en tant que pater familias dans l'inénarrable série 7 à la maison) commande L'Enterprise ; enfin, avant l'apparition de William Shatner, qui tient dur comme fer à redevenir le capitaine de son vaisseau. Leonard Nimoy (Spock) ne devant pas réapparaître dans la série, a dû se faire prier pour incarner son personnage iconique et figure en bonne place, d'abord dans une belle séquence sur Vulcain. Ce n'est que plus tard, profondément transformé (reconnaissant sa part d'humain), qu'il embarquera à bord de l'Enterprise, dégageant du même coup le pauvre Decker, déjà rétrogradé du rang de commandant à officier en second. Dès qu'apparaît la belle extra-terrestre Ilia, avec qui Il a été intime par le passé, Decker retrouvera son allant.
| James Doohan, Stephen Collins et Persis Khambatta dans une scène coupée du montage final |
Le film entend tisser des liens étroits avec la série-mère ; plus que la continuité de la mythologie, Star Trek : le film va jusqu'à reprendre le script d'un épisode de la saison 2, Le Korrigan (The Changeling). Nomad, une intelligence artificielle y attaque l'Enterprise, et dit vouloir "rencontrer son créateur", tout en analysant toutes les "unités carbones" (comprendre les êtres humains) du vaisseau. Pour le film, la menace est amplifiée, l'entité mesurant plusieurs unités astronomiques (la distance Terre-soleil) et concerne la Terre entière, mais une majeure partie des éléments est commune. Pour asseoir sa puissance, l'entité s'offre en ouverture un vaisseau romulien, grands méchants classiques. Et, même si ce n'est précisé dans le film (mais présent dans le scénario), Decker n'est autre que le fils de Matt Decker, commandant malheureux dans La Machine infernale, épisode 6 de la saison 2 de la série originale.
| Centre de commandement de Starfleet - matte painting par Matthew Yuricich |
Choisir Robert Wise (Nous avons gagné ce soir, Le Jour où la Terre s'arrêta, La Maison du diable, West Side Story, ...), réalisateur versatile dans la tradition hollywoodienne, ainsi que Douglas Trumbull (2001, l’odyssée de l'espace) pour les effets spéciaux -ainsi que John Star Wars Dykstra et sa société Apogee appelé en renfort devant la masse de travail à accomplir en un temps record- est important pour comprendre que le film devient, sous son égide, un trip métaphysique sur l'origine du monde qui pourrait en déconcerter plus d'un, notamment par sa propension à la lenteur. D'un côté, Trumbull réalise de splendides trucages optiques, épaulés par la musique orchestrale de Jerry Goldsmith, qui donne un réel sens du spectacle aux aventures spatiales du groupe. De l'autre, Wise organise son film de manière à privilégier non pas l'action, mais de larges plages de déambulations spatiales. En effet, entre la découverte d'un Enterprise new-look et une promenade dans les entrailles de "l'autre", entité qui se nomme elle-même V'Ger, 45 minutes se seront déjà écoulées ! On aurait pu être alerté par Le Mystère Andromède (1971), film paranoïaque d'espionnage sur fond de science-ficion, où Wise et Trumbull coopéraient déjà, et où le passage du temps se faisait sentir.
![]() |
| La planète Vulcain dans la version Director's Cut du film |
Alors que la série originale est souvent saturée de "tech talk", des termes techniques inventés de toute pièce pour caractériser les technologies futuristes, et de dialogues explicatifs, Star Trek, le film veut donner au grand écran sa raison d'être à cette mythologie autrefois cantonnée à la télévision. Les fameux plans à effets spéciaux, si complexes à réaliser, et la partition de Jerry Goldsmith, capture totalement l'ampleur spatiale. Si au début du film, de longs travellings installent l'Enterprise comme un vaisseau gigantesque, réduisant les humains à de simples fourmis, la rencontre avec l'entité et l'incommensurable planète-machine fera de l'Enterprise un nain. Pour embrasser cette histoire spatiale, le scénario fait la part belle à sa dimension cosmique et métaphysique, questionnant la raison d'être de la vie, et la notion d'être vivant et pensant. L'entame, très longue, pourra aujourd'hui en rebuter plus d'un, même si elle est justifiée par la dizaine d'années d'attente entre la fin de la série originale et la sortie du film au cinéma.
| Franchir le passage vers l'entité V'Ger |
Malgré son dépassement de budget hors-normes, le film est un immense succès pour le studio, rapportant 139 millions dans le monde, et pavant la voie aux films suivants -et, par la suite, à la galaxie vraisemblablement sans fin des séries dérivées Trek. Le film sera remanié dans une version "director's cut" fidèle à la vision initiale de Robert Wise, d'abord au début des années 2000 en DVD, puis de longues années plus tard -les effets spéciaux devant être refaits dans les scènes concernées, pour une parution en Blu-ray et 4K Ultra HD en 2022.
À la mémoire de Patrick Stewart, Commandant Picard pour l'éternité, disparu le 30 octobre 2026.
Photos de plateau © Paramount Pictures / David Fein
Disponibilité vidéo : Blu-ray / UHD - Paramount Pictures
Sources bibliographiques :
Star Trek, l'ultime frontière in L'Écran Fantastique vintage n°1, 2020
Star Trek: The Motion Picture sur Woman's World



Commentaires
Enregistrer un commentaire