La Momie sanglante (Seth Holt et Michael Carreras, 1971)

Valerie Leon dans le film La Momie sanglante (Blood from the Mummy's Tomb, Seth Holt et Michael Carreras, 1971)

Production Hammer tardive, La Momie sanglante (Blood From the Mummy's Tomb) avait certainement des atouts dans sa manche. Mais par un concours du destin particulièrement retors, rien ne se passa comme prévu.

Seth Holt, qui réalisa quelques années auparavant Hurler de peur (Taste of Fear, 1961) pour la Hammer, mais aussi Confession à un cadavre (The Nanny, 1965), obtient la direction du film. Le studio engage alors Valerie Leon, dont c'est le premier rôle majeur au cinéma. Son physique détonnant fit plus tard les belles heures des séries télévisées Le Saint (1962-1969) et de Chapeau melon et bottes de cuir (1961-1969). Elle devint James Bond Girl pour L'Espion qui m'aimait (Lewis Gilbert, 1977) et Jamais plus jamais, le James Bond dissident avec un Sean Connery vieillissant. Ce premier rôle fut néanmoins contrarié par le redoublage vocal intégral de sa prestation par Olive Gregg ; cette dernière avait déjà effectué cette ingrate besogne pour la Hammer avec Ingrid Pitt sur le film The Vampire Lovers (Roy Ward Baker, 1970)

La Momie sanglante / Blood from the Mummy's Tomb se veut une adaptation d'une nouvelle de Bram Stoker, Le joyau des sept étoiles, un texte peu connu de l'auteur de Dracula. Comme il plane sur le récit l'ombre de la momie, le film prend sa place au sein de la saga des momies de la Hammer, commencée par La Malédiction des pharaons (Terence Fisher, 1959), et poursuivi par Les Maléfices de la momie (The Curse of the Mummy's Tomb, Michael Carreras, 1964) puis Dans les griffes de la momie / The Mummy's Shroud (John Gilling, 1967). Pour autant, pas de momie à l'horizon dans le film qui nous intéresse aujourd'hui ! L'héroïne a troqué les bandelettes pour un Wonderbra. Tera, reine d'Égypte, est réincarnée en Margaret (Valerie Leon) est une jolie londonienne dont elle est le sosie parfait de l'antique altesse -comme la nature fait bien les choses. Son père, le professeur Fuchs (Andrew Keir), a participé des années auparavant aux fouilles permettant la mise au jour de la tombe de cette même Tera, Margaret étant née au moment même où l'équipe de son père ouvre le tombeau enfoui. C'est d'ailleurs lui qui, de façon tout à fait étrange, déclenche une série de meurtres en confiant à sa fille une des reliques trouvées dans la tombe : une bague ayant appartenu à Tera.

Le film est produit pour 200 000 livres sterling. Seth Holt tourne aux studios EMI-MGM d'Elstree, puis à Melburn Lodge, Newcastle. Certaines scènes montrant le tombeau de la reine réutilisent des accessoires du film de Terence Fisher, La Malédiction du pharaon (The Mummy, 1959), instillant une filiation entre ces histoires liées à l’Égypte antique.

Valerie Leon, Peter Cushing on the set - Blood from the Mummy's tomb (Seth Holt, Michael Carreras, 1971)
Valerie Leon et Peter Cushing lors du premier jour de tournage.

La production avait engagé la star Hammer, Peter Cushing, pour interpréter le docteur Fuchs. Cependant, à la fin de la première journée de tournage, le 11 janvier 1971, Cushing doit se rendre au chevet de sa femme qui mourra d'un emphysème foudroyant quelques jours plus tard. Cushing est dévasté et ne peut plus jouer dans le film. Andrew Keir, qui incarna notamment le professeur Quatermass dans la série de films du même nom et apparaît dans de nombreux autres films du studio, reprend le rôle à partir du 18 janvier. Les rares scènes de Cushing déjà dans la boîte sont tournées une nouvelle fois, et tout se passe sans accroc jusqu'au 14 février. À cette date, une semaine avant la fin du tournage, le réalisateur Seth Holt décède brutalement d'une crise cardiaque. Il avait 47 ans.

Devant l'imminence de la fin du tournage, Michael Carreras, le nouveau chef des opérations à la Hammer depuis que son père lui a laissé les rênes de la firme au tout début de l'année 1971, appelle à la rescousse Gordon Hessler et Don Sharp, pour refaire entièrement le film ; ils refusèrent la proposition. Finalement, Carreras décidera de terminer le tournage lui-même. Il découvre alors que Seth Holt, d'une part n'a laissé aucune note, aucune indication sur ce qu'il a tourné ; de plus, en visionnant les rushes, il s'aperçoit que Holt n'a tourné que le cœur de scènes, en remettant certainement à plus tard les entrées et sorties des personnages, tous les raccords.

Michael Carreras, cité dans Fantastyka n°7 :

"Dans les séquences que j'ai récupérées, il n'y avait ni début ni fin. Au lieu de cela, [Seth Holt] était allé directement à la scène principale. [...] En plus de prendre le film en cours de route et de tourner toutes les scènes non filmées, j'ai dû reprendre également une douzaine de scènes environ et les intégrer au reste."

Carreras aura en effet au moins une grande scène à tourner (celle de l’hôpital psychiatrique), et s'en sort avec les honneurs. Il signera également la toute dernière scène du film. Outre Les Maléfices de la momie, il réalise Visa pour Canton en 1960, Maniac en 1963, issu de la vague "thriller" du studio, ou encore l'atypique Le Peuple des abîmes (The Lost Continent) en 1968. Pour La Momie sanglante, il s'adjoint les services du monteur Peter Weatherley déjà à ce poste sur The Anniversary (Roy Ward Baker, 1968), pour boucler le montage.

Le film terminé sort le 7 octobre 1971 au Royaume-Uni en avant-première, puis dans dans tout le pays le 7 novembre, toujours assorti d'un classement X, soit interdit aux moins de 18 ans. Il fait partie d'un double programme dont le film principal n'est autre que Dr. Jekyll et Sister Hyde (Roy Ward Baker). Aux États-Unis, La Momie sanglante sort en mai 1972 sous la bannière d'American International. Le film n'eut pas les honneurs d'une sortie française ; il fut cependant montré au Festival international du film fantastique et de science-fiction de Paris en 1975, dans la salle mythique du Grand Rex.

Andrew Keir, George Coulouris, Rosalie Crutchley, Hugh Burden et James Villiers

Le résultat final a du mal à cacher ses gros problèmes de production : le traitement du personnage du professeur Fuchs est incohérent. Tantôt il souhaite voir le retour de Tera, tandis il souhaite protéger sa fille. L'apparition des artefacts autour du tombeau de Tera souffre aussi d'un manque évident de raccords, tout comme l'ultime scène de Tod (Browning, nommé en clin d’œil au réalisateur de Dracula), où l'acteur Mark Edwards, sensé filer à vive allure au volant d'une voiture incontrôlable, semble tout bonnement à l'arrêt.

On est donc loin des grands films Hammer ; mais la Momie, bien que sanglante, a tout de même beaucoup de charme. En cela le film incarne bien le tournant volontiers plus érotique du studio. Le décolleté affolant de Valerie Leon et quelques séquences visuellement réussies grâce au production design made in Hammer toujours impeccable, rendent l'ensemble tout à fait recommandable.


Disponibilité vidéo : Blu-ray / DVD - éditeur : ESC Editions

Sources bibliographiques :

The Hammer Story / Marcus Hearn, Alan Barnes
L'Antre de la Hammer / Marcus Hearn
Hammer Complete / Howard Maxford
Hammer Film, An Exhaustive Filmography / Tom Johnson, Deborah Del Vecchio
L'Art de la Hammer / Marcus Hearn
Les Vamps fantastiques : Valerie Leon in Fantastyka n°12


Image titre du film La Momie sanglante (Blood from the Mummy's Tomb, Michael Carreras et Seth Holt, 1971)

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